Publié dans Harcèlement moral, Les abus, Les pervers narcissiques, Témoignages, Violence conjugale

Témoignage d’une femme courageuse : son combat après avoir été violentée par son ex-conjoint

Je vais vous raconter l’histoire d’une femme parmi tant d’autres, je dirais « malheureusement » parmi tant d’autres, puisqu’il s’agit de ce qu’on appelle communément « une femme battue ». Des termes qui englobent les femmes maltraitées psychologiquement sans nécessairement qu’elles le soient physiquement. Cette histoire, je la connais que trop bien puisque c’est la mienne. Reprenons ma mésaventure depuis le début. Tout d’abord, je dresse mon portrait tout à fait objectivement et je peux dire que je suis une femme normale, je ne suis ni faible ni superwoman, je suis une femme cultivée avec un certain niveau d’études, pleine de vie, bien dans ma peau et sociable. J’ai un défaut cependant qui s’avéra de taille, car il a fait de moi une proie : une estime de soi qui était défaillante. Depuis, ça va nettement mieux. Je progressais dans ma vie professionnelle lorsque devenue célibataire, un collègue s’est soudainement  intéressé à moi. Il devint le père de mes enfants mais aussi ce qui m’est arrivé de pire dans ma vie. Pour aller à l’essentiel, c’est un manipulateur, certains diraient un « pervers narcissique », en bref un être malveillant et destructeur qui s’est révélé peu à peu dans la sphère intime et qui a su afficher un génie presque surhumain pour tromper son monde dans la sphère sociale. Professeur, anciennement réserviste en gendarmerie, bien propre sur lui, toujours le sourire toutes dents dehors, avenant, poli, pas un mot plus haut que l’autre. Bref, tout pour plaire aux gens « biens comme il se doit ». Rien qui n’indique le comportement monstrueux qu’il n’a jamais reconnu avoir eu, les propos malveillants qui visaient à me rabaisser, de genre et j’en passe : « ton boulot c’est de la merde…ce que tu fais, ça ne m’intéresse pas…tu as un gros cul…. Tu as un gros nez…. Tu n’es qu’une merde… », etc., en plus des longues périodes de silence qui duraient plusieurs jours sans raison, ou des situations de rejets manifestes. Cela m’a poussée à me demander au début ce qui pouvait provoquer dans mon attitude un comportement et des paroles aussi meurtriers. J’ai même consulté quelques thérapeutes qui rapidement et à chaque fois m’avouaient que ce n’était pas moi qui avais un problème… Sauf une qui était sans aucun doute très incompétence et qui m’a culpabilisée encore plus afin que je fasse partie sans doute de son gagne pain le plus longtemps possible. Heureusement, percevant que mes entrevues avec elle généraient un malaise de plus en plus profond, j’ai coupé court. « Attention aux faux prophètes », m’étais-je dit, certains psys ne le sont que pour le pouvoir qu’ils peuvent exercer sur leurs ouailles. Quoiqu’il en soit, je ne pouvais pas croire ce qui m’arrivait, je ne pouvais accepter d’avoir commis une si grossière erreur sur la personne que j’avais choisi pour fonder une famille. De disputes insensées en disputes sans queue ni tête, avec des phases d’accalmie et même de retour à des attitudes en apparence bienveillantes, après la naissance de notre premier enfant, les choses ont davantage empiré puisque qu’il s’est mis à porter la main sur moi par deux fois. La deuxième fois, comme il s’agissait d’une strangulation et que cela commençait à m’effrayer, j’ai porté plainte. Je suis allée voir une assistante sociale du Centre Médico-Psychologique d’Annecy-le-Vieux pour demander de l’aide, notamment pour un hébergement en urgence, elle m’a répondu et je m’en souviendrai toujours « votre cas n’est pas suffisamment grave pour qu’on vous aide ». Le pire c’est que sa réponse ne relevait pas d’une certaine incompétence de sa part, mais d’une réelle impuissance qui correspond tout simplement à la réalité : des moyens malgré tout encore fortement défaillants pour la protection de la femme et, cela va sans dire, de ses enfants. Dans notre belle ville d’Annecy aux riches façades, proprette, verdoyante, avec son lac qui fait son attrait, bref derrière « la Petite Venise Française », il y a aussi l’envers du décor, l’indifférence, une espèce d’hypocrisie bourgeoise, voire une inhumanité aussi rude que les montagnes environnantes, et aussi des hébergements d’urgence juste pour se donner bonne conscience, car encore trop peu nombreux et surtout n’accueillant que pour un maximum de 5 jours, du moins sur les cantons de Rumilly et d’Alby-sur-Chéran. Sans aucun soutien, j’ai dégringolé dans une dévalorisation de plus en plus profonde, j’ai été réduite à la résignation aussi. J’avais le sentiment que la société me renvoyait le message suivant : « tu as choisi cet homme-là, et bien assume maintenant et surtout ne fais pas de vagues, ne dérange pas notre tranquillité de petits bourgeois ». Je n’avais nul part où me réfugier, pas de famille près de moi et pas de vrais amis puisque mon ex-conjoint restreignait de plus en plus mon environnement social. Il a même réussi à enrayer ma carrière professionnelle par du sabotage psychologique continu jusqu’à ce que je me retrouve au chômage. C’était une victoire pour lui, car il m’avait entièrement à sa merci. Il est devenu avenant, solidaire même, il se montrait plus proche. J’ai pensé à une prise de conscience de sa part et que tout ce qui s’était passé n’était qu’un cauchemar qui ne se reproduirait plus. Si bien qu’il m’a convaincue d’avoir notre deuxième enfant, « mon âge avançant, étant sans activité professionnelle, c’était maintenant ou jamais », m’a-t-il avancé comme argument. Je lui ai fait confiance, ce fut la deuxième énorme erreur que j’ai commise. Nous avons accueilli notre deuxième fils et dès mon retour de la maternité, le cauchemar a recommencé de façon pernicieuse, attitude propre à sa nature, jusqu’à une réelle volonté de me tuer, non plus psychologiquement, ce qu’il s’était évertué à faire jusque là, mais physiquement cette fois-ci. Ce soir-là, il était sur les nerfs suite à un conseil de classe qui s’était mal déroulé, il a déclenché une dispute avec un prétexte quelconque, il m’a attrapé par le cou pour m’empêcher de sortir de la cuisine, m’a suivi partout pour me convaincre qu’il n’avait pas vraiment commis ce geste, comme je ne voulais plus entendre ses justifications car je ne voulais pas réveiller les enfants et que j’avais des cours à préparer pour le lendemain, il m’a asséné un cou de tête sur l’arcade sourcilière, m’a empêchée d’appeler les secours, m’a jetée à terre et m’a serré le cou si fort et suffisamment longtemps pour me faire réaliser que je vivais le jour de ma mort. Moi qui avait porté ses enfants et qui leur avait donné la vie, est-ce que je méritais cette fin ? Assurément non !

Les jours qui suivirent, j’étais décidée à mettre fin définitivement à toutes ces injustices et aberrations en fuyant avec mes enfants. Personne parmi les institutions reconnues ne m’ont aidée, mais par une coïncidence, que j’appellerai maintenant  providence, j’ai pu avoir dans les mains le dépliant de l’association E.V.A. qui m’a orienté vers un hébergement et l’avocate qui intervient entre autre pour celle-ci. De là, les choses sont allées extraordinairement vite. Je suis la première femme sur Annecy à avoir bénéficié de l’ordonnance de protection, votée en 2010. L’incident a eu lieu le 10 février 2011 et j’ai porté plainte le lendemain. C’était un vendredi et le gendarme m’a donné rendez-vous avec l’association Via 74 qui assurait une permanence à la gendarmerie de Meythet le mardi…Mon ex-conjoint avait donc tout loisir de réitérer son geste. On venait de lui donner trois jours pour cela…En tout ma vie commune avec mon ex-conjoint a duré quatre ans, suffisamment pour provoquer des traumatismes psychologiques qui ont encore aujourd’hui des incidences dans ma vie. Mais j’ai tout de même repris le dessus et j’ai des projets de reconversion professionnelle. Au bout d’un an et demi de procédure, le 7 août 2012, le tribunal d’Annecy a finalement reconnu le préjudice moral mais aussi le fait que j’ai perdu mon emploi en partie à cause de mon ex-conjoint, ce qui n’était vraiment pas gagné d’avance. Lorsque j’ai appris la bonne nouvelle, j’ai eu immédiatement le sentiment d’être réhabilitée en tant qu’individu à part entière, j’ai eu la sensation de respirer à nouveau, d’être ressuscitée. Bien entendu, il a fait appel. Ce qui repousse la décision finale encore d’un an maximum et qui remet entièrement en question la somme qu’il aurait dû me verser dans le cadre des dommages et intérêts, mais en dehors de la question matérielle il y a eu une reconnaissance et c’est très important du point de vu psychologique. Certaines femmes (ou des hommes) subissent ce genre d’agissements pendant plus longtemps, parce qu’elles ont peur d’agir, parce qu’elles ne sont pas entourées, parce qu’aucune instance ni représentant de l’Etat ne les protègent réellement dès le moment où elles portent plainte ou encore parce que les voisins se voilent la face. Le 22 février a été le jour de ma libération, ma fuite avec mes enfants. Ce que je retiens de tout cela et qu’il me semble important de partager, c’est qu’il faut absolument garder la tête froide le plus possible dans ce genre de circonstances, par exemple, avant de partir, mettez en sécurité tous documents importants (papiers d’identité, diplômes, etc.), pendant les préparatifs de votre libération, rien ne doit éveiller les soupçons de votre geôlier. Surtout, ne douter jamais du bien fondé de votre démarche, elle est juste, si vous ne réagissez pas, cela ira en s’empirant et provoquera au final votre mort en laissant vos enfants sans leur mère… Ne vous attendez pas à ce que quelqu’un vous tienne par la main pour accomplir cet acte de résistance de l’ombre, celle qui ne fera jamais partie des livres d’histoire, mais qui vous réhabilitera dans votre histoire d’individu responsable, respectueux de votre vie qui a une valeur réelle. Ne vous attendez pas non plus à ce que les psychologues de l’hôpital d’Annecy vous aident vraiment à vous extraire de cette situation. C’est tout juste s’ils vous écoutent, ils vous donneront peut-être des adresses d’associations, mais rien d’autre… En tous cas, c’est ce qu’il s’est passé pour moi. Surtout aussi, n’accordez pas entièrement votre confiance aux gendarmes. On croit souvent qu’ils sont tous là pour nous protéger, mais ce n’est pas systématiquement le cas. En ce qui me concerne, j’étais dehors lorsque je les ai appelés en plein mois de février, j’ai attendu une heure dehors pour m’entendre dire qu’ils ne pouvaient pas se déplacer et qu’il fallait que j’appelle une amie ou un voisin pour qu’on m’emmène aux urgences, il était 23h et on était un jeudi… Ensuite, le gendarme qui a pris ma plainte le lendemain  et à qui le service de médecine légale du CHRA a faxé le certificat de coups et blessures, m’a appelé pour me dire de lui remettre l’original en mains propres car il n’avait soit disant pas reçu celui expédié par le CHRA. Il a cru que j’allais être désemparée et confiante au point d’être assez stupide pour exécuter sa demande sans réfléchir. A noter que ce certificat remis au commissariat était la seule pièce qui devait déclencher la procédure au pénal. Je lui ai expédié une copie par recommandé avec accusé de réception, écartant ainsi toute velléité de sa part de mentir une deuxième fois en disant qu’il ne l’avait pas en sa possession… Un autre détail, cet « agent de la paix » a tenté de m’amadouer en me racontant que sa propre mère avait été une femme battue, lorsque j’ai déposé plainte… C’était à la gendarmerie de Meythet, là même où mon ex-conjoint était réserviste en gendarmerie. De là à ce que certains voulaient protéger mon ex-conjoint parce qu’ils commettaient eux aussi des actes similaires sur leur femme, il n’y a pas une grande marge! Bref, il faut juste garder à l’esprit que tout est possible, les actes de malveillance comme les actes de bienveillance, car j’ai aussi rencontré des gens qui m’ont tendu la main, il faut juste apprendre à développer ses capacités de discernement. En tous cas, cette mésaventure aura au moins eu un aspect positif, je sais maintenant reconnaître ce genre de profil, le manipulateur malveillant, et bien mieux que certains thérapeutes qui se laissent eux aussi manipuler. Cette expérience m’a rendue plus forte et plus réaliste aussi et même si le parcours est difficile une fois que l’on s’est libéré, car il faut continuer à se battre, se justifier pour obtenir gain de cause, car la justice ne va pas de soi en ce monde, il ne suffit pas de porter plainte, se reconstruire devient possible, le prix de la liberté vaut toujours la peine d’être payé. En accomplissant l’acte de vous libérer du joug de ce genre de monstre criminel qui agit impunément comme un rat dans les égouts voilés aux yeux de tous, c’est le statut de femme en tant qu’être humain digne de respect faisant partie de la communauté des femmes toute entière et citoyenne du monde que vous défendez bec et ongles, c’est l’avenir d’une humanité aux valeurs nobles que vous mettez en avant.

Gwenaëlle

 

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