Publié dans Les abus

La maltraitance et le stress chronique

Maltraitance et stress chronique

 – Parmi les récentes publications sur les conséquences biologiques des situations de maltraitance subies durant l’enfance, celle de  Patrick O. McGowan et al. Epigenetic regulation of the glucocorticoid receptor in human brain associates with childhood abuse. Nature Neuroscience, Vol.12, Number 3, March 2009, en ligne sur    http://www.nature.com/neuro/journal/vaop/ncurrent/full/nn.2270.html

résumé en français sur   http://francais.mcgill.ca/newsroom/news/item/?item_id=104667

Cette étude capitale nous apporte la démonstration chez l’être humain de ce que l’on avait auparavant identifié chez le rat à savoir les conséquences bio-moléculaires de type épigénétique des mauvais traitements subis par les petits sur le fonctionnement de leur cerveau dans l’adaptation au stress: les mauvais traitements peuvent induire une altération dans le fonctionnement des gènes impliqués dans le contrôle du stress; ce qui entraîne un possible affaiblissement de la capacité à gérer le stress ultérieurement.

C’est la démonstration que tout est lié. On ne fait pas subir de mauvais traitements à des enfants sans que cela ne laisse pas de traces. Dans leur impact psychologique, les effets nocifs de situations délétères peuvent se traduire par un changement sur le long-terme dans les réactions bio-chimiques du cerveau  face à ces situations. Environnement- réactions psychologiques-déséquilibre bio-chimique moléculaire-altération dans le développement neuronal du cerveau.

– Je recommande aussi l’excellente revue faite par Sonia L.Lupien et ses collaborateurs sur les effets du stress sur le cerveau , comportements et cognition, selon les tranches d’âge de la période pré-natale jusqu’à la vieillesse en passant par la période post-natale, l’adolescence et l’âge adulte, à partir d’études animales et humaines avec proposition d’un modèle de cycle du stress quand il y a maltraitance selon les tranches de vie donc dépendant du stade de développement anatomo-fonctionnel du cerveau; la conclusion étant celle que nous connaissons tous, professionnels de la santé et que nous nous efforçons d’appliquer, soit intervenir le plus tôt possible auprès de la famille du jeune enfant quand celui-ci est en danger afin d’éviter les effets délétères dûs au stress sur son cerveau et son développement anatomo-physiologique et fonctionnel. Lupien, Sonia J. et al., Effects of stress throughout lifespan on the brain, behaviour and cognition, Nature Reviews Neuroscience 10, 434-445, June 2009, www.nature.com/nrm/journal/v10/n6/abs/nrn2639.html

Pour la reconnaissance comme entité psychonosologique* des troubles du développement chez l’enfant dûs à un état de stress chronique, un état de déséquilibre qui apparaît, entre autres situations, quand il y a maltraitance, en particulier maltraitance parentale.

Ce site a été élaboré par Dominique Brunet, Ph.D., docteur en psychologie clinique de la University of Georgia, Athens, USA.

Suite à mes observations cliniques et à la réflexion qu’elles m’ont suscitées au cours de quatre décennies de pratique comme psychologue clinicienne et psychothérapeute tant au sein de structures publiques que dans le privé, et étant confortée dans mes hypothèses par la recrudescence, durant ces dernières années, des résultats d’études et d’expériences faites sur des animaux et auprès des êtres humains démontrant les effets délétères du stress prolongé sur l’organisme vivant à commencer par une altération dans le développement neuronal du cerveau selon la tranche d’âge pendant laquelle l’enfant est maltraité ( voir dans le fichier références et liens), je viens proposer ce nouveau site.

Dans mes écrits précédents sur la maltraitance, principalement la maltraitance d’origine parentale subie durant l’enfance, j’avais isolé tout un ensemble de symptômes à la fois psychologiques et physiologiques que l’on risque de retrouver en clusters chez les enfants qui vivent dans un état de stress quasi permanent (réf: « L’enfant maltraité », publié aux éditions L’Harmattan, 2005).

On parle d’état de stress chronique* quand la personne est exposée et qu’elle subit des traumatismes à répétition, une condition de vie qui est à différencier de celle occasionnée par un traumatisme isolé qui, quand il produit une réaction de stress, provoque un déséquilibre le plus souvent transitoire dans le fonctionnement physique et psychique de la personne de tout âge; on parle dans ce cas-ci de trouble de stress post-traumatique (Post-Traumatic Stress Disorder ou PTSD).

Quand il s’agit de l’enfant, il y a un type de situation qui présente le risque d’engendrer un état de stress chronique auquel il ne pourra échapper parce qu’il est exposé et subit des traumatismes à répétiton: c’est celui de la maltraitance, en particulier, de la maltraitance parentale, une forme de maltraitance qui est à l’origine, non seulement de troubles physiques mais aussi de grandes perturbations psycho-affectives et émotives chez l’enfant puisque c’est toute sa relation aux adultes-figures parentales, au monde et donc à lui-même qui est atteinte.

Pour preuves additionnelles de ces effets délétères du stress chronique sur le développement de l’enfant, il n’y a qu’à observer et écouter les adultes, jeunes et moins jeunes, qui ont souffert durant leur enfance et leur adolescence des mauvais traitements que leur ont infligé des parents peu ou pas soucieux ou inconscients de ce qu’ils faisaient subir à leurs enfants, en particulier dans le cadre de leur séparation et/ou de leur divorce.

Les répercussions physiques du stress chronique étant depuis une dizaine d’années très bien étudiées par nombre de chercheurs dans les domaines de la neuro-psycho-physiologie**, j’ajouterai mes observations concernant les répercussions psychologiques à l’âge adulte du stress chronique vécu quand enfant. Pourquoi?

En effet, je reçois de plus en plus de jeunes adultes, femmes et hommes qui, enfants dans les années 1980-1990, ont subi des traumatismes à répétition, le plus souvent, de nature psychologique concernant en premier lieu la sphère émotivo-affective, à cause non seulement de figures parentales irresponsables et/ou inadéquates et déséquilibrées, mais aussi à cause de séparation parentale houleuse, d’attribution de droits d’une garde mal gérée ou imposée sans que personne ne s’inquiète ni de l’âge de l’enfant ni des besoins qui étaient les siens ni de ses réactions à ces différents traumatismes.

Nous verrons que la résilience souvent invoquée comme phénomène de récupération de l’enfant face aux souffrances morales et physiques qu’il vit n’est pas toujours au rendez-vous de son équilibre psychologique futur et, s’il l’est, ce n’est pas nécessairement dans toutes les sphères de ses activités d’enfant ou d’adulte.

Dans bien des cas, si l’on garde la figure sémantique qui s’applique à la physique, c’est plutôt le phénomène de rémanence que l’on observe tant chez les enfants devenus grands que chez les adultes qui furent exposés à des situations de stress chronique quand enfants. S’il n’y avait pas tant de facteurs rémanents dans notre vie, on n’aurait pas autant recours à la psychothérapie!

Cette rémanence ou persistance résiduelle de symptômes après disparition de leurs causes d’origine s’exprime premièrement sous forme d’un fond d’angoisse généralisée et de tonalité dépressive de l’affect avec pour principales composantes, résignation et mélancolie , et des émotions, principalement celle de tristesse

* Le terme « état » indique une durée, donc une certaine chronicité; cependant, quand on parle d’un état de stress chronique, la redondance n’est que fortuite et apparente, le stress chronique désignant ici une catégorie psychonosologique dans sa représentation temporelle, sur le long-terme, donc sous sa forme d’état.

** Le psychiatre Bessel A.van der Kolk parle de « Developmental Trauma Disorder » qu’il différencie également du « Post-Traumatic Stress Disorder » dans un article publié en mai 2005 dans  Psychiatry Annals (Vol. 35, N°5, pp.401-408).

Quels sont les différents types de maltraitance et pourquoi la maltraitance quand exercée par une figure parentale est-elle si destructrice de la personnalité de l’enfant, de sa relation au monde et interfère-t-elle autant avec son bon développement ?

Copyright © { juin 2007} {Dominique Brunet, Ph.D.}. Tous droits réservés.

www.maltraitance-stresschronique.info

I/ Types de maltraitance

Il y a deux types de maltraitance: la maltraitance physique qui s’exprime sous deux formes physique et/ou sexuelle et la maltraitance psychologique.
Ces trois formes de maltraitance sont liées le plus souvent, la maltraitance physique et/ou sexuelle s’accompagnant, il est inutile de le rappeler, de souffrances psychologiques, colère, ressentiment, honte, humiliation, peur, désespoir, sentiments d’abandon, d’injustice, de trahison de la part de l’adulte.

Vice-versa, si la maltraitance psychologique peut aussi avoir lieu seule sans qu’il y ait atteinte physique, elle aura elle aussi, en plus de ses effets sur le psychisme de l’enfant, des effets physiologiques à plus ou moins long terme, effets physiologiques qui sont autant de réactions au stress chronique occasionné par un état d’angoisse qui ne se relâche pas et à une tristesse sans fin.

La maltraitance physique/sexuelle et/ou psychologique à répétition met l’enfant dans une situation de stress chronique.

Il y a maltraitance physique quand l’intégrité du corps de l’enfant est atteinte et qu’il subit des sévices corporels: enfant battu, giflé, violenté, enfant séquestré, enfant privé de nourriture, subissant des attouchements sexuels et/ou violé.

Quand ce type de maltraitance est commis, on arrive assez précocement dans le temps à l’identifier.

Par contre, il n’en est pas toujours de même avec la maltraitance psychologique, plus difficile à détecter parce qu’elle n’est pas tout de suite perçue dans ses effets pernicieux ni par l’enfant qui en est la victime, ni par l’entourage concerné  car, comme tout ce qui a trait au psychisme, le processus de déséquilibre  et ses manifestations s’installent de façon insidieuse sur le plus ou moins long terme.

En exemples de maltraitance psychologique:

– les agressions verbales comme les brimades, insultes, jugements négatifs sur l’apparence physique, les comportements, la performance scolaire, le niveau intellectuel, etc…, à commencer par le « tu es un incapable », « tu ne réussiras jamais », « tu es nul », « jamais tu n’y arriveras »,

– la carence affective parentale, maternelle et/ou paternelle, avec une ou les deux figures parentales instables, indifférentes, peu présentes ou carrément absentes,

– la privation du parent aimant et maternant dans les cas de séparation parentale problématique principalement quand le parent qui est craint ou perçu comme « méchant » a obtenu soit la garde totale de son ou de ses enfants, soit une garde alternée mal vécue par l’enfant.

Il y a aussi des exemples où la maltraitance est extra-parentale, famille proche ou toute autre personne ayant une relation privilégiée avec l’enfant ou l’adolescent, personne qu’il admire, parent-substitut, éducateur.

A noter que par maltraitance de forme parentale, est désignée par extension le plus souvent tant celle qui est commise par un père, une mère que par un parent proche, ou toute personne qui a une relation privilégiée avec l’enfant.

Quel que soit son type, physique/sexuel, et/ou psychologique, dans sa forme, parentale ou extra-parentale, le fait d’être maltraité en permanence brise, ralentit ou fait régresser la relation de l’enfant au monde:

–          d’une part, sa relation à la figure parentale et donc, par phénomène de généralisation [une des lois du comportement humain] à plus ou moins court-terme, sa relation à toute personne adulte avec tout ce que cette personne aurait pu représenter en termes de respect, obligations, connaissances, sécurité, protection (d’où les phénomènes d’opposition soit rébellion, négation, scepticisme, doute, manque de confiance de la part de l’enfant et de l’adolescent vis-à-vis des adultes); et,

–           d’autre part, là aussi à plus ou moins court-terme, la perception qu’il va avoir de lui-même, dans ce cas, par processus de feedback (ex: si l’adulte n’est pas gentil avec moi, c’est que je suis vilain; s’il me dit que je ne vaux rien, c’est que c’est vrai; je suis un nul).

On vient de répondre de façon globale à la deuxième question, soit:

II/ Pourquoi la maltraitance de forme parentale est-elle si destructrice dans le développement de l’enfant?

Maltraitances physique/sexuelle et/ou psychologique, quand elles s’installent dans une famille et qu’elles sont perpétrées par des adultes, qui plus est quand c’est un père et/ou une mère, mais ce peut-être toute personne ayant une relation privilégiée avec l’enfant, si au mieux celui-ci présente des symptômes du stress subi qui demeurent ponctuels, il risque cependant de rester fragilisé dans sa perception de lui-même sur le long-terme et sa relation tant à autrui qu’au monde en général risque elle aussi d’en être entièrement perturbée et pour longtemps, les séquelles à l’âge adulte les plus communément identifiées étant le manque de confiance en soi avec doute sur soi-même et sur les autres, un état d’anxiété généralisée et une tonalité dépressive de l’affect, à l’origine le ou les parents ayant enlevé à l’enfant la possibilité qu’il puisse croire en eux, de les prendre pour modèles de référence, et surtout de s’en sentir aimé et protégé.

Dès son très jeune âge, l’enfant fait, entre autres expériences, celle de l’angoisse la plus difficilement maîtrisable, l’angoisse existentielle, puisqu’il est agressé par une figure parentale en laquelle il ne peut plus croire, auprès de laquelle il ne peut plus se reposer, y compris littéralement (pensons aux troubles du sommeil, cauchemars, pleurs, cris et même convulsions), qui ne le protège plus ou si peu ou que de temps en temps (ce qui a pour but d’intensifier l’angoisse quand on ne sait pas si on va être soutenu, protégé et en sécurité ou pas du tout): l’enfant se trouve seul, face au monde et, en plus, il se sent trahi.

Il est fragilisé dans l’ensemble de ses domaines de développement, à commencer par ceux directement visés par l’angoisse: les domaines psycho-affectif et émotif.

On se représente dans les cas de graves traumatismes récurrents, par exemple ceux des enfants brutalement séparés de leur parent maternant, l’intensité de l’angoisse vécue par ces enfants et la profondeur de leur désarroi et de leur désespoir quand ils ont été privés de ce parent protecteur qui leur assurait ou qui aurait dû leur assurer amour, affection, tendresse, sécurité et protection. Le monde de ces enfants a basculé et c’est le gouffre sans repères positifs.

On comprend pourquoi, quand elle induit un stress chronique, la maltraitance de forme parentale ou extra-parentale provoque simultanément d’aussi graves perturbations dans le fonctionnement de l’enfant puisqu’elle a lieu dans cette sphère d’importance capitale de l’existence du jeune enfant en pleine période de structuration de sa personne, de son environnement proche ou plus lointain, de son monde de références: c’est celle de la relation à autrui et quand cet autrui est supposé être un modèle, et qu’il ne l’est pas, supposé aussi qu’il est d’assurer protection, sécurité, amour, affection, tendresse, et qu’il ne remplit pas ces fonctions que l’enfant attend de lui, le monde de cet enfant s’écroule: les troubles du développement apparaissent.

L’ensemble de nos exemples provient le plus souvent d’un stress qui se chronicise au sein des familles là où la maltraitance de forme parentale ou extra-parentale s’exerce sur de jeunes enfants agressés parfois physiquement et/ou sexuellement mais surtout psychologiquement.
A la différence de ce qui peut se passer à l’école, chez une nourrice, ou dans toute autre structure dans laquelle le jeune enfant est placé, s’il y a maltraitance de la part d’adultes ou d’autres enfants, les parents ou les proches parents arrivent le plus souvent à percevoir assez tôt les changements qui apparaissent chez l’enfant et ils réagissent  en conséquence; par contre, dans le cas  de la maltraitance parentale, il se passe un temps assez long avant qu’une personne de l’entourage de l’enfant ne s’aperçoive de sa souffrance à moins que l’un des parents, le père ou la mère, n’ait connaissance lui-même du déséquilibre du parent maltraitant.
Cependant, nous avons aussi recueilli d’autres exemples de maltraitance commise sur des adolescents, filles et garçons qui, sur de longues périodes parfois d’années, restent les victimes silencieuses de harcèlements physiques et/ou psychologiques de la part d’un membre de la famille ou en provenance de pairs.

Et, de plus en plus fréquemment, nous recueillons les exemples d’adultes ayant été victimes quand enfants d’un parent ou d’un proche et/ou, quand adulte, d’un partenaire dominateur, abusif, agressif, violent.

A travers tous ces exemples, il y a des constantes.

Ce qui frappe chez les uns et les autres, au-delà de la tristesse, c’est l’abattement, la résignation devant des situations de souffrance qui s’éternisent sous forme d’atonie, de perte de la sensibilité (anhédonie) ou avec une sensibilité émoussée, de prostration; c’est le rejet de l’autre, du monde par peur de l’autre et du monde; c’est le repli sur soi  avec conduites d’évitement pour mieux se protéger. Comme il y a la perte ou l’absence d’intérêt pour autrui et le monde, il y a aussi la perte ou le manque d’intérêt pour l’avenir et donc absence d’espoir.

  • Toutes ces personnes se trouvent donc plus ou moins figées dans le temps et dans l’espace, habitées par leurs peurs, imprégnées par la tristesse: ce qui va provoquer des dysfonctionnements en chaînes et dans beaucoup de sphères de la vie, certaines sphères plus atteintes que d’autres, selon les tranches d’âge, sous l’effet du stress chronique qui évolue .
    Chez le jeune enfant, parce qu’il est en pleine période de développement dans toutes les sphères de sa vie, tout chez lui risque d’être atteint : sa santé physique, son équilibre psycho-affectif et émotif donc sa personnalité, son développement intellectuel et donc les apprentissages, sa relation aux autres, au monde donc son éveil social.
  • Chez l’adolescent, image de soi, performance scolaire et relations aux autres sont les trois sphères qui restent les plus atteintes.
  • Chez le jeune adulte, si les réussites professionnelle, sportive, artistique ou autre sont au rendez-vous de l’excellence ou tout au moins de la réalisation des attentes, l’image de soi, la perception de soi en relation au monde et vice-versa, c’est-à-dire tout ce qui relève de l’affect et des émotions en relation à soi-même et à autrui, peuvent être un véritable champ de ruines, le psychisme intime étant le domaine où l’angoisse et la dépression se conjuguent au passé, présent et futur.

Ces constantes à travers les tranches d’âge que représentent ces différents dérèglements, le négativisme, la tristesse, l’immobilisme psychique, et toutes les formes d’expression de l’angoisse nous font par ailleurs retenir plus un phénomène de rémanence que de résilience en cas de stress chronique explicable par une maltraitance de forme parentale et, à tout le moins relationnelle, à la différence d’un stress causé par un trauma isolé et d’origine non-parentale, non-relationnelle (comme une catastrophe naturelle, un accident, une maladie), lequel peut être surmonté à moyen-terme, sans séquelle ou avec de moindres séquelles par l’enfant, l’adolescent, l’adulte.

Reprenons dans le détail les formes symptomatiques des effets du stress chronique  d’origine relationnelle, maltraitance parentale ou extra-parentale, sur l’enfant.
Ces formes symptomatiques s’expriment par des troubles du développement psychologique et des troubles physiques.
Par développement psychologique, on inclut le développement affectivo-émotif avec répercussions sur l’intellect et la socialisation

A noter que s’il y a troubles du développement psychologique, ces troubles sont corrélés aux altérations cérébrales dues au stress chronique, les structures les plus sensibles aux hormones du stress étant les hippocampes en formation jusqu’à l’âge de deux ans, le cortex frontal se développant jusqu’à l’âge de 20 ans et les structures amygdaliennes au-delà de la seconde décennie.

Par développement psychologique, on signifie le développement psycho-affectif et émotif de l’enfant soit ce qui contribue à la formation de sa personnalité propre, mais aussi  la nature de sa relation à autrui, à commencer à ses parents, et au monde, et l’incidence de ce développement sur sa performance intellectuelle, donc sur ses capacités d’apprentissage.

Dans tous les cas de maltraitance parentale, que celle-ci soit volontaire (enfants agressés physiquement et psychologiquement par un parent en toute conscience, pour lui faire du mal) ou involontaire ( jeunes mamans démunies, parent qui, le plus souvent suite à une décision de justice, est contraint de se séparer de son/ses enfants dans les cas de litige au sujet de leur garde), les troubles dans ce développement psychologique de l’enfant sont sévères, parfois indélébiles quand ils perdurent à l’âge adulte sous forme d’état.

Pour les troubles émotivo-affectifs avec répercussions sur la relation à autrui et sur le développement intellectuel, ce sont:

–    les variations de l’humeur.

–    le repli sur soi.

–    la perte du contact avec la réalité.

–    l’angoisse et la confusion.

–    le sentiment d’insécurité, l’absence de confiance en soi.

–    le manque d’attention et de concentration.

Les difficultés dans les apprentissages étant:

–    retard ou régression.

Troubles émotivo-affectifs.

I/  La variabilité de l’humeur et des émotions qui l’accompagnent.

Exposé à un stress chronique, la qualité de l’humeur de l’enfant devient changeante; on parle d’une humeur labile qui oscille entre la tristesse, la colère, voir l’agressivité avec de courts intervalles durant lesquels il esquissera un sourire, aura un geste d’affection. On le dit capricieux, grincheux dans le meilleur des cas; autrement, on le décrit comme triste, taciturne. Ses émotions seront plutôt du registre de la colère quand il l’exprime ou inexistantes.

Labilité de l’humeur avec le plus souvent une composante de tristesse, émotions altérées, à la fois ou tour à tour exacerbées et/ou émoussées annoncent le repli sur soi qui s’exprime sous plusieurs formes.

II/ Le repli sur soi

a) les conduites d’évitement ou négation: c’est le « non » à tout en disant « non » bien entendu avec refus d’obéir que ce soit pour s’habiller, manger, dormir, aller à l’école, mais aussi se boucher les oreilles pour ne pas entendre, détourner le regard pour ne pas rencontrer celui de l’adulte, refuser d’être touché ou de  toucher, câlins et prise dans les bras sont alors évités par l’enfant et même combattus. L’enfant se réfugie dans un coin, à l’abri pense-t-il.

A noter que le manque de concentration et d’attention observé tant à la maison qu’à l’école est apparenté à la conduite d’évitement, une façon de s’abstraire d’un monde perçu comme angoissant.

b) l’attitude prostrée: il fait le « mort », ne s’intéressant plus à rien, faisant comme si il était dans un autre monde, ne bougeant plus, ne se manifestant plus : c’est l’atonie; son visage n’a plus d’ expression. dans les cas les plus dramatiques, il reste couché en position foetale dans son lit ou dans un coin.

c)  les conduites de régression :conduites d’autostimulation infantile comme sucer son pouce à nouveau ou se bercer d’avant en arrière; reparler « bébé » ou cesser de parler; redemander son « nin-nin »; selon la tranche d’âge, on note soit un retard dans le contrôle des sphincters, soit une régression.

d)  automutilation: plus grave encore quand il se sent abandonné, incompris alors que l’état de frustration dans lequel il est devient intenable, l’agressivité qu’il aura pu développer envers les autres, enfants et adultes, il la retourne de plus en plus contre lui-même; c’est l’automutilation qui commence avec des tics comme se ronger les ongles, s’arracher la peau autour des ongles, s’arracher des touffes de cheveux, pour finir par se taper contre les murs, se frapper le corps.

III/ Perte du contact avec la réalité.

Le repli sur soi se prolongeant, il devient une habitude : un conditionnement se produit. Ses caractéristiques principales sont le refuge dans l’imaginaire et, en conséquence, dépendant de l’âge de l’enfant, une socialisation a minima ou la désocialisation.

D’une part, l’enfant perd progressivement le contact avec la réalité: il se réfugie de plus en plus dans son monde phantasmatique; d’autre part, c’est tout l’ensemble de sa relation au monde, aux personnes adultes et autres enfants, aux choses qui est altéré, d’où une socialisation soit interrompue, soit différée.

En s’inventant un monde à lui, l’enfant se donne du répit vis-à-vis du monde adulte qui le blesse, l’ignore, le rend à la fois triste et malheureux: le rêve, c’est sa seule et unique consolation. A remarquer que cette échappée dans le rêve ou la rêverie sera gardée comme mécanisme de défense à l’âge adulte: on dira alors que cette personne « n’a pas les pieds sur terre », qu’elle est « cérébrale ».

Dans son abri phantasmatique, il y découvre un sentiment auquel le monde des adultes ne l’a pas habitué ou l’a déshabitué: le bonheur, être heureux, plus de douleurs, plus d’humiliations, plus d’incompréhensions, plus de pleurs. Pour construire une identité fragmentée à cause d’adultes insensibles à ses besoins, irresponsables ou ne pensant qu’à eux-mêmes, l’enfant est poussé à perdre le contact avec le réel.

Plus tard, le phénomène de déstructuration du moi et donc de dépersonnalisation aura toutes les chances de trouver un terrain propice à son éclosion et de se mettra en marche. On risque d’entrer alors dans les mécanismes de pensée de type autiste, schizoïde, voir schizophrénique.

Avec ce qui vient d’être dit, ne faisons plus les étonnés quand on voit un enfant se raconter beaucoup d’histoires, s’inventer une nouvelle vie, dire que ses parents ne sont pas ses parents, phantasmer sur des situations ou des personnes qui n’ont d’existence que dans sa tête. N’accusons plus cet enfant de mythomanie et de « mensonge» : il affabule parce qu’il se protège puisque soit on ne le protège pas, ou plus, ou mal, soit on l’agresse. Il affabule d’autant plus à cause de la précarité de sa condition qu’il se trouvera dans cette tranche d’âge durant laquelle la pensée magique prédomine, c’est-à-dire entre deux et cinq à six ans.

IV/ L’angoisse[1] et la confusion.

A la différence du tout jeune enfant qui, quand il vit dans de bonnes conditions familiales, croit en la toute-puissance de ses parents et en leur perfection puisque ceux-ci le protégent de façon magique de toutes personnes perçues par lui comme « pas gentilles » ou même « méchantes » et qu’ils savent résoudre toutes les difficultés qu’il peut rencontrer dans sa jeune vie, l’enfant qui subit l’agression d’un parent ou celui dont le parent se montre impuissant à le protéger et à le défendre face aux personnes qui lui font du mal, cet enfant vit dans un état d’angoisse permanent. Il n’a plus personne en qui avoir confiance, qui puisse le protéger, l’aider.

D’une part, il se sent et il est effectivement seul face au monde des adultes, un monde qu’il est en train d’apprendre à connaître mais qu’il ne comprend pas et ce, d’autant moins, que les adultes qui disent l’aimer le font souffrir tout en ignorant sa souffrance; d’où la confusion qui, dans son esprit, vient accroître l’angoisse de cette solitude si tôt perçue face à ceux qui lui tiennent un double langage et ont envers lui des comportements contradictoires.

Dans les cas où l’enfant se trouve séparé brutalement de son parent maternant, comme cela arrive à l’issue d’une décision de justice quand elle est prononcée en faveur de l’autre parent ou en faveur d’un partage de garde, à l’angoisse existentielle que peut vivre tout enfant qui subit des traumatismes s’ajoute en l’intensifiant l’angoisse d’abandon par ce parent maternant.

Devant l’immense vide affectif de cette séparation brutale, l’enfant se sent perdu, souffre dans son coeur et dans son âme. Il n’a qu’un désir, qu’un espoir qui hante ses jours et ses nuits, c’est celui de retourner auprès de ce parent même si ce dernier ne lui assure pas toute la sécurité dont il a besoin. Se produit  alors un surinvestissement affectif de l’enfant auprès du parent maternant car, à l’expérience de la rupture avec le parent aimé vécue trop tôt dans sa jeune vie, donc à l’angoisse de perdre le premier être cher qu’il a connu, s’ajoute la pré-conscience ou l’intuition de dangers futurs qu’il ne pourra être que seul à affronter, le modèle parental positif n’étant pas omnipuissant.

C’est l’expérience du double vide : le vide actuellement vécu par la séparation effective du parent maternant, celui qui est à la fois bon et méchant, bon quand il est là, méchant quand il disparaît et qu’il le laisse au parent non maternant et/ou agresseur, et le vide potentiellement appréhendé de sa propre existence face au monde extérieur.

Par ailleurs, à l’angoisse se mêle à nouveau la confusion quand il y a perte des repères familiers ou leur absence.

On l’a remarqué supra: la confusion naît quand il y a messages contradictoires donnés par les figures parentales qui sont alors perçues à la fois comme « bonnes » et « mauvaises »par l’enfant. La confusion naît aussi de l’instabilité.
Elle apparaît par exemple quand la figure parentale de référence et familière disparaît brutalement et est remplacée par le parent non maternant et/ou agresseur; ou bien, les lieux de vie de l’enfant changent ou alternent trop fréquemment au gré de ses différents foyers et ses rythmes de vie quotidiens sont eux-aussi différents selon ses endroits de vie. Bousculé dans ses habitudes, l »enfant se trouve alors déstabilisé; il a l’air « perdu »; il ne sait plus vers qui se tourner, en qui avoir confiance, qui croire car il n’a plus de points de repères ni psychologiques (plus de figures parentales familières et protectrices), ni physiques (plus de lieux ou de petites habitudes auxquels se raccrocher).

Quand on est en situation de stress permanent et donc dans un état d’angoisse constante, rien n’est plus réconfortant que de retrouver ses petites habitudes, un endroit familier, des choses familières, des figures aimantes; sinon, c’est la confusion totale.

V/ Le sentiment d’insécurité.

Le sentiment d’insécurité, une des manifestations de l’angoisse généralisée, se traduit par le manque de confiance en soi, les peurs, les phobies ou peurs exacerbées

La manque de confiance en soi naît à la fois du climat d’insécurité dans lequel l’enfant maltraité vit et de ce dont il est témoin, les adultes qui l’entourent participant par leur paroles et leurs comportements à ce que l’enfant ne puisse les croire, avoir confiance en eux.

L’enfant ne sait jamais ce qui l’attend quand il a des parents maltraitants et/ou irresponsables. Ce climat fait d’incertitudes  et de souffrances tant en ce qui concerne les situations que les personnes de son entourage, l’enfant va à un moment donné le faire sien. Il intériorise en les faisant siennes brimades, insultes, humiliations et image de parent irresponsable et/ou inadéquat : à son tour, le doute en lui s’installe.

Plus tard, il manquera d’assurance, de réactivité, changera d’avis, le risque étant de devenir un passif-agressif qui n’assume pas ses responsabilités, prompt à projeter sur autrui ce qui ne va pas dans sa propre vie.

VI/ Le manque d’attention et de concentration.

Autre répercussion psychologique d’envergure à mentionner, le manque d’attention et de concentration.

Ce manque va hélas conditionner une bonne partie de la scolarité de l’enfant et peut-être son avenir socio-professionnel.

Parce qu’il se trouve précisément à ce stade de développement durant lequel toute une gamme d’apprentissages essentiels se met en place, il est impératif que l’esprit de l’enfant soit en condition de disponibilité et donc serein pour apprendre, retenir, mémoriser, mettre à profit ce qu’on lui montre en le répétant ou en le refaisant lui-même car, sans attention ni concentration, point de rétention d’informations ni de rappel.

Pour l’enfant qui subit de mauvais traitements, la sérénité soit l’équilibre émotivo-affectif n’est certes pas au rendez-vous. Son esprit n’est pas disponible à l’écoute, à la mémorisation, au désir d’apprendre et de reproduire.

On le comprend : il est soucieux, inquiet, déstabilisé, déstructuré, apeuré, angoissé,  appréhensif au sujet de tout, de sa vie, des autres, du monde alentour. Il préfère se réfugier, cela a été observé supra, dans son monde imaginaire, ses propres phantasmes, occupé qu’il est à se recréer une vie selon ses désirs, ses jeunes aspirations,  puisque cette opération de repli, qui est une conduite d’évitement, le réconforte, le rassure. Alors, les apprentissages n’ont plus de priorité. L’enfant peut finir par les oublier s’ils ont eu lieu ou, s’ils n’ont pas eu lieu, on observe un retard.

Troubles dans les apprentissages.

Au cours du développement de l’enfant, les difficultés dans les apprentissages apparaissent sous forme de régression ou de retard. Il y a régression quand, après avoir eu lieu, les apprentissages reculent ou bien, ces apprentissages sont retardés ou lacunaires.

Il y a deux types d’apprentissage: les apprentissage de base et les apprentissages scolaires.

Les apprentissages de base sont nombreux : motricité,  langage, dextérité manuelle fine, propreté qui va de pair avec les apprentissages sociaux comme prendre soin de son corps, de ses affaires, manger correctement, bien se tenir, être poli. Tous ces apprentissages font appel au contrôle de soi, à la maîtrise des gestes, de la pensée, des envies et des pulsions. Et là, le modèle parental prend toute son importance, toute sa place car, il n’y a pas apprentissage plus indélébile, plus difficile à corriger quand déficitaire ou imparfait que l’empreinte ou modeling [2].

Un enfant qui est soumis à un stress intense et répété, avec des modèles parentaux déficitaires, ne va pas opérer ces différents contrôles sur lui-même comme un enfant élevé sans stress continu par des parents ayant à coeur sa bonne éducation et son bien-être. Dans le premier cas, on voit l’enfant soit régresser, soit présenter un retard dans ses contrôles.

Cette observation est particulièrement pertinente aux moments de l’apprentissage à la parole ou au contrôle des sphincters. Un retard dans le langage peut être observé tout comme un retard dans le contrôle de la micturition et de la défécation. Avec les plus grands, on les voit  régresser et faire à nouveau faire pipi au lit, caca dans leur pantalon, sucer leur pouce, parler « bébé » ; de propres, ils deviennent sales, ne se lavent plus, ne se brossent plus les dents, n’obéissent plus du tout, ne savent plus dire « merci », « s’il vous plaît », « bonjour » ; ils perdent leurs bonnes manières.

Il en est de même avec les apprentissages scolaires.

En l’absence d’attention et de concentration, la confusion régnant dans leur cerveau, ces enfants plus préoccupés par ce qui leur arrive chez eux ou de ce qui risque de leur arriver à leur retard de l’école et à se laisser aller à phantasmer sur une vie plus agréable que soucieux de leur réussite scolaire, lire, écrire, compter et autres matières à apprendre vont être mises de côté : impossible de mémoriser soit de capter, retenir et  se rappeler ce qui s’est passé en classe. On oublie tout car on ne sait rien et on ne veut rien savoir.

Nous voyons donc que le stress chronique comme il existe dans la maltraitance de tout type présente le risque de faire apparaître chez l’enfant un déséquilibre psychologique de nature émotivo-affective avec l’ensemble des caractéristiques citées supra, ce déséquilibre émotivo-affectif entraînant lui-même d’une part, soit un retard dans la socialisation, soit la désocialisation si l’enfant avait auparavant eu une bonne relation aux autres et, possiblement, plus tard, un phénomène d’asocialisation quand il y a opposition à la société et à ses règles, parce que le repli sur soi a été favorisé, la peur puis la haine des adultes et de ce qu’ils représentent ayant été alimentées; d’autre part, nous venons de le constater, ce déséquilibre émotivo-affectif entraîne par ses effets sur le psychisme de l’enfant un déséquilibre dans la performance intellectuelle; nous avons cité la confusion dans le cerveau de l’enfant qui peut entraîner des phénomènes dissociatifs, le manque d’attention et de concentration, tous effets qui, en interférant avec le bon déroulement des processii cognitifs, soit les fonctions intellectuelles comme la réflexion, analyse et synthèse, le jugement, la logique, et la mémorisation, vont expliquer pour le jeune enfant les troubles dans les apprentissages et pour les plus grands, la chute des notes, les échecs aux contrôles et aux examens, signes en bref de démotivation, de démobilisation du cerveau.

[1] Sur le sujet de la séparation, à lire l’ouvrage de base Attachement et perte: la séparation, angoisse, colère de John Bowlby; PUF éd, Paris 1978, 2de éd.1994.

[2] Sur les différents types d’apprentissage, à lire  le chapitre sur les conduites d’apprentissage et de mémoire, pp.177-193, dans le tome 2 du traité Neuro-psycho-physiologie de N.Boisacq-Schepens et M.Crommelinck, éd.Masson, Paris,

De pair avec le déséquilibre psychologique qu’il induit, le stress chronique peut être retenu comme cause d’un dysfonctionnement physiologique

Manifestations   de type physique liées au stress prolongé

Les   indicateurs physiques du stress s’observent dans les domaines suivants:

– aspect physique de l’enfant tel qu’il se présente   lors de la consultation

– les maux   corporels   dont il se plaint.

– les troubles dans les fonctions   physiologiques tels que rapportés par le parent maternant, recueillis par le   médecin dans le carnet de santé de l’enfant et décrits par l’enfant lui-même   quand il le peut.

Dans la   majorité des cas,  l’enfant soumis à une forme ou une autre de   maltraitance a l’air malingre, chétif, souffreteux. Il « ne respire pas   la santé ». Son teint est pâle, trop pâle pour certains ; il est   plutôt maigrelet. On comprend qu’il y a problème autour de la nutrition.

Ce qui frappe  et qui retient l’attention, c’est son   regard quand il ose lever les yeux. Le regard est triste, quelquefois si   triste qu’il en paraît éteint. L’interrogation peut remplacer la tristesse   dans les yeux. On y perçoit l’appréhension, l’expectative, la retenue.
Les gestes sont significatifs eux-aussi. Ils sont maladroits,empruntés, un   peu gauches. On voit que l’enfant se sent mal à l’aise,constricté : il n’ose   pas trop remuer par peur d’êtrepuni.

Constricté dans ses   gestes, ses mouvements, son expression verbale, et peureux mais aussi et à la   fois, pouvant devenir agité, nerveux, fébrile. L’allure générale est celle de   la passivité, de la grande timidité.

On sait que l’enfant   souffre tout simplement parce qu’il se plaint de divers maux physiques.
Avoir « mal au ventre » est très souvent rapporté par l’enfant: il   est soit constipé, soit il a des accès de diarrhées. Nausées et, ou   vomissements peuvent être présents quand il dit avoir « mal au   coeur ». Il se plaint d’avoir « mal à la tête ». Crises   d’asthme, éruptions cutanées sont récurrentes. Crises de nerfs, tétanie et   convulsions sont aussi mentionnées, mais plus rarement.

Maux de tête, maux   d’estomac, douleurs abdominales, démangeaisons, asthme, tous ces maux   physiques sont autant de signes montrant que l’enfant est perpétuellement sur   le qui-vive, tendu, stressé.

Ce déséquilibre dans les   fonctions physiologiques constitue la troisième composante dans l’inventaire   des symptômes physiques retenus.

Il est   marqué principalement pour les fonctions qui sont le plus directement   touchées et le plus communément altérées par le stress soit les troubles du   sommeil, ceux liés aux fonctions de digestion, les troubles respiratoires,    et les éruptions cutanées: plus rarement, on observe convulsions et   paralysies.

troubles du sommeil avec   réveils nocturnes, cris, cauchemars, hurlements ou refus de s’endormir,   somnambulisme, convulsions dans les états de stress paroxystique. En général,   la difficulté de l’enfant à s’endormir s’accompagne de symptômes   psychologiques appelés peurs, peur de la noirceur, peur de se retrouver seul   quand il se réveille [(à relier à l’angoisse de séparation de l’être aimé   quand celle-ci s’opère à son insu). Nous l’avons décrite supra: cette   angoisse de séparation s’exprime par des peurs : peur de l’obscurité, peur   de  rester seul ou de se retrouver   seul. Quand elles s’intensifient, les peurs    deviennent des phobies].

troubles   liés aux fonctions digestives  dans leurs   différentes étapes : absorption, transformation, excrétion.

Troubles  dans la prise de nourriture, ceux-ci  caractérisés le plus souvent par une baisse   de l’appétit ou une incapacité à s’alimenter: soit refus du biberon,   picorage, anorexie et plus rarement boulimie.

Nausées, régurgitations,   vomissements,   accompagnent fréquemment ou induisent le manque d’appétit pour cause de   stress : la dégradation des aliments est perturbée.

Quand ils sont   attribuables à un retard dans l’apprentissage au contrôle des sphincters ou à   une perte de ce contrôle auparavant appris, les troubles dans l’excrétion   s’expriment sous plusieurs formes : incontinence vésicale ponctuelle   ou énurésie pour la micturition, incontinence anale   ponctuelle avec diarrhées ou non pour la défécation, l’encoprésie restant un symptôme assez rare. A l’opposé, l’apparition   de la constipation est un symptôme récurrent quand il y a stress.

Les   troubles liés à la fonction respiratoire   sont d’une part, l’hyperventilation et les crises d’asthme dont on   remarque la recrudescence quand l’enfant, au préalable sujet à ces crises,   est exposé à des situations stressantes et, d’autre part,  les troubles d’origine infectieuse comme les rhinites, rhino-pharyngites et bronchites.

  –  Les   éruptions cutanées: eczéma, zona d’origine nerveuse.

–    Convulsions

             –  Paralysie

 

Les mécanismes d’action physico-chimique en réponse à un   stress prolongé et liste des principales pathologies liées à ce type de   stress.

 

 

a) Les mécanismes   d’action physico-chimique en réponse à un stress prolongé

De façon schématique,   disons que toute réaction émotive est transcrite en phénomènes bio-chimiques   qui inondent  le corps à partir de   l’organe enregistreur, le cerveau.

Le double circuit   anatomo-chimique est connu : il part du cerveau avec mise en  alerte des structures limbiques (amygdale,   hippocampe, nucleus accumbens), du cortex (temporal et préfrontal), de   certains noyaux de l’hypothalamus, et de    l’hypophyse principalement. Cette mise en alerte se propage à travers   les différentes structures anatomiques cérébrales par changement dans la   sécrétion des nombreux neuromédiateurs cérébraux dont la dopamine et la   sérotonine ainsi que des hormones, autre type de neurotransmetteurs.

D’une part, l’hypophyse   va sécréter une hormone spécifique en cas de stress, l’adrénocorticotrophine,   qui va aller stimuler les glandes surrénales; celles-ci produisent à leur   tour de l’adrénaline (neuromédiateur du système sympathique qui active tout   un ensemble de structures dont le coeur, les poumons et autres viscères, la   peau, et les muscles) et des glucocorticoïdes dont le cortisol qui vont aider   le corps à transformer les sucres en énergie.

D’autre part et dans le   même temps, le système sympathique activé par l’hypothalamus va actionner les   organes du système immunitaire, préparant ainsi l’organisme à une première   ligne de défense rapide puis à une seconde plus lente.

Les sécrétions en   neuromédiateurs et autres hormones spécifiques reprennent un niveau normal   quand le stress disparaît.

Par contre et c’est là   le problème, quand la personne se trouve en état de stress continu ou prolongé, des dommages physiques   et psychiques vont se produire. Que se passe-t-il ?

On sait depuis quelques   années qu’un état chronique de stress, même de faible intensité, conduit à l’affaiblissement du système   immunitaire, à la perte de la masse osseuse (décalcification) et de la   musculature (fonte des muscles), à des troubles gastro-intestinaux, à la   suppression de la reproduction et à des problèmes mnémoniques (détérioration   des neurones de l’hippocampe) [1].

Les grands responsables   de ces diverses pathologies sont les glucocorticoïdes [2] qui se maintiennent   à un taux élevé dans l’organisme à la différence des autres hormones   spécifiques du stress qui ne peuvent rester à des taux élevés.

En se maintenant à un   taux élevé dans le sang, les glucocorticoïdes neutralisent le système   immunitaire dans sa double action, celle rapide avec les macrophages et lente   avec les lymphocytes, par surproduction de certaines cytokines qui le rendent   inopérant. C’est le phénomène d‘immunosuppression [3].

Si nous nous reportons à   la méta-analyse des psychologues Suzanne Segeström et Gregory Miller [4], le stress,   dépendant de son type et de sa durée, provoque ou non une baisse sélective   des défenses du système immunitaire. Selon leurs résultats, plus le stress se   chronicise, plus les mécanismes cellulaires complexes normalement mis en   action dans la lutte contre les maladies sont altérés.

En ce qui concerne   l’affaiblissement du système immunitaire, je pense à tous ces jeunes enfants   exposés à un stress prolongé dû à de mauvaises conditions de vie que j’ai vus   en consultation et que je continue de voir dont le carnet de santé est rempli   d’observations médicales menant aux mêmes diagnostics à longueur de mois tels   que rhinites,   rhino-pharyngites, bronchites et autres maladies infectieuses de l’appareil   respiratoire.

b) Liste des principales pathologies   liées à ce type de stress [5]:

– Troubles de la mémoire (par détérioration de l’hippocampe   responsable de la mémoire de la tonalité émotive des évènements).

– Inhibition de la   croissance chez les sujets jeunes suite à la   diminution de la sécrétion de l’hormone de croissance par l’hypophyse [6].

– Décalcification osseuse.

– Fonte des muscles causant un état   de faiblesse et de fatigue.

– Lésions du muscle cardiaque.

– Parois des vaisseaux sanguins   fragilisée.

– Dépôt de cholestérol avec   formation de plaques athéromateuses.

– Pathologies gastro-intestinales : en particulier ulcères peptiques.

– Altération de la physiologie   reproductrice chez les deux sexes.

– Affaiblissement chronique de la   résistance aux maladies avec fréquence élevée des maladies infectieuses (à nouveau, nous pensons à tous ces jeunes enfants traumatisés   par les conditions de vie qui leur sont imposées malgré leurs besoins et   leurs désirs, suite à la séparation de leur père et mère, et dont le carnet   de santé est couvert d’observations médicales au sujet de rhinites,   rhino-pharyngites et bronchites à répétition).

De plus, à noter qu’il y aurait un lien entre les traumatismes   subis durant l’enfance et les maladies de type inflammatoire à l’âge adulte   selon Andrea Danese, chercheur à l’Institute of Psychiatry à King’s College   London.  Etude longitudinale sur   32 ans publiée par Andrea Danese et al, Childhood maltreatment predicts   adult inflammation in a life course study, Proceedings of the National   Academy of Sciences, Vol.104 (4), pp.1319-24, 23/01/2007. http://intl.pnas.org

[1] A consulter sur le stress chronique et ses   effets nocifs sur l’organisme l’ouvrage de N.Boisacq-Schepens et   M.Crommelinck, Neuro-psycho-physiologie, vol 2, pp. 91-101, Ed.Masson,   Paris, 1996.

[2] A lire sur l’action des gludocorticoïdes   les travaux en neurobiologie de Jonathan Seckl et de Megan Gunnar (voir   fichier références et liens).

[3) « Stress et cellules tueuses »,   article de  Karl Bechter et Katja Gaschler, pp 82-85,  dans la   revue Cerveau et Psycho, n°8, déc 04-fév 05, 2005.

[4] Suzanne C.Segeström et Gregory   E.Miller: « Psychological Stress and the Human Immune System: A   Meta-analytic Study of 30 Years of Inquiry », pp.601-630, dans le   « Psychological Bulletin », 2004, Vol 130, n°4.

[5] A consulter sur le stress chronique et ses   effets nocifs sur l’organisme les pages 91-101 citées supra du tome 2   de Neuro-psycho-physiologie.

[6] Selon les auteurs cités ci-dessus, « le stress prolongé   paraît particulièrement délétère chez le sujet jeune en phase anabolique   intense : après une bouffée initiale de GH (hormone de croissance),   cette sécrétion diminue fortement pouvant entraîner à la longue une   inhibition de la croissance, sous l’effet de stresseurs chroniques puissants   telle une importante privation affective ou une perturbation émotionnelle majeure ». op.cit., p.95.

Depuis quelques années, la parole et la pensée des adolescents et des jeunes adultes se libérant, les réticences à se confier à un thérapeute disparaissant, la recherche d’une écoute étant de mieux en mieux acceptée, une démarche qui entre dans les moeurs, les secrets qui ternissaient leur vie, les hantaient ou les empêchaient de vivre comme ils l’auraient souhaité sont dévoilés.
Dans ma pratique, au cours de ces dernières années, j’ai entendu les récits de jeunes femmes et de jeunes hommes ayant vécu durant leur enfance et, pour quelques uns d’entre eux, jusqu’à la fin de leur adolescence, dans un état de stress chronique: hantise d’attouchements sexuels commis par un membre de leur entourage, manque d’affection, de tendresse et d’attention d’une mère froide et/ou indifférente plus préoccupée de sa vie de femme que de mère, père dur, violent, alcoolique parfois, prompt à donner des coups, à infliger des punitions sans que l’on sache pourquoi, cette mère et/ou ce père l’insulte à la bouche, prêts à humilier l’enfant par des propos et des remarques indignes d’une figure parentale.

En dehors d’un parcours professionnel parfois brillant, toutes ces jeunes personnes, hommes et femmes, présentaient cependant un tableau psychoclinique commun sur plusieurs points et c’est ce qui me fit réfléchir sur l’influence à long terme de la maltraitance, même une fois disparue, mais toujours au rang des souvenirs.

Voici les symptômes psychologiques résiduels à l’âge adulte du stress chronique vécu pendant l’enfance tels que je les ai répertoriés:

une humeur de tendance dépressive sur fond de mélancolie avec attitude plutôt taciturne et réservée, parfois effacée; personne qui pourra être résignée face aux difficultés de la vie, cherchant même parfois à les provoquer, en particulier quand elles apparaissent dans la relation de couple.

angoisse diffuse généralisée de type existentiel avec préoccupations ou inquiétude sur tout, s’attendant à ce que quelque évènement tragique vienne à lui barrer la route, voyant toujours le pire à sa porte: on dit de cette personne qu’elle est « une grande anxieuse, une grande angoissée ».

doute sur soi y compris quand il y a réussite socio-professionnelle, et manque de confiance en autrui qui s’apparente plus à cet âge adulte à de la circonspection malgré un entourage stable et sécurisant. Cette circonspection est observable principalement dans la relation de couple; d’où le besoin d’être toujours réconforté, rassuré tant sur soi que sur l’amour et l’affection que lui porte le conjoint. Aura tendance à provoquer le conjoint dans un « testing des limites » pour voir si celui-ci ou celle-ci l’aime vraiment et compte rester avec lui ou elle; ce qui déstabilise ce conjoint et le perturbe, quitte à l’irriter.

personnalité de tendance passive-agressive explicable par la difficulté à montrer ses sentiments négatifs, tout comme les positifs par ailleurs, s’étant conditionné à intérioriser son ressentiment, parfois sa haine par peur d’être puni, ayant appris à n’être qu’un minimum responsable de ses actes quand les figures parentales lui ont enlevé toute velléité d’autonomie par les brimades, humiliations et autres mauvais traitements, donc qui aura tendance à rejeter sur autrui blâme ou faute quand il y a à cause d’une peur ancienne trop intense vis-à-vis de la personne adulte, peur qui ne peut être oubliée.

– les quatre caractéristiques énoncées supra risquent de rendre les relations amoureuse et de couple plutôt difficiles sans oublier des relations de parent à enfant tout aussi chaotiques quand l’enfant maltraité devenu parent se surprend malgré lui à reproduire le modèle parental négatif.

Que se passe-t-il dans le couple? Facilement atteint dans sa sensibilité et prompt à se replié sur lui-même, quitte à donné l’impression d’être une « loque »* devant l’adversité, l’adulte qui a été maltraité quand enfant, ne peut avoir vraiment confiance en autrui, lui tend des pièges pour savoir si l’autre l’aime; il hésite ou même refuse de prendre des décisions et laisse l’autre les prendre pour lui ou pour l’ensemble de la famille; des attitudes faites d’ambivalence qui déstabilisent le partenaire de vie mais qui sont, de fait, une prolongation de ce que cet adulte a vécu quand enfant, précarité, manque de stabilité, messages contradictoires, incertitude quant aux bons sentiments et à l’authenticité de l’autre, difficulté à s’assumer et à prendre des responsabilités puisqu’on l’empêchait d’agir ou qu’on le critiquait de manière négative.

Ces constats font penser à un phénomène de rémanence, les adultes que je vois en consultation n’ayant pas effacé de leur mémoire les mauvais traitements subis durant l’enfance puisqu’ils continuent à réagir de la même manière qu’autrefois alors qu’il n’y a plus de maltraitance.

Cependant, si la perception idéique, sous forme d’images mentales, des souffrances endurées  peut demeurer dans la mémoire, y compris après une psychothérapie,  ces images n’interfèrent plus avec la vie de la personne quand on parvient à remettre le passé vécu au présent au rang du passé. Dans ce cas, le caractère obsessionnel des images mentales et les émotions négatives qui y étaient rattachées s’effacent. Il faut pour atteindre ce but, en particulier grâce au processus psychothérapique,  contrôler la récurrence des images mentales obsessives et neutraliser leur caractère émotionnel.

* Terme employé, quand elle se mettait à crier après lui, par une épouse en parlant de son mari qui, enfant, avait été le « souffre-douleur » de parents alcooliques.

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