Publié dans Harcèlement moral, Les abus, Les pervers narcissiques, Témoignages, Violence conjugale

Un cas de violence conjugale qui aurait pu être mortel .

Elle et son ancien compagnon travaillaient tous les deux comme formateurs dans un organisme de formation. Fabrice était en train de se séparer de son ex-épouse. Il eut le coup de foudre… Une fois le divorce prononcé, le couple s’est engagé assez vite, ils ont vécu ensemble pendant un an, avant de mettre au monde un petit garçon. Tout se passait pour le mieux.

C’est juste après la naissance de leur enfant que les choses ont commencé à se détériorer. Fabrice surveillait sa compagne de manière plus systématique et ouverte. De son côté, elle n’arrivait pas à analyser les choses, ne comprenait pas ce qui lui arrivait, à tel point qu’elle a fini par penser que le problème venait d’elle car elle ne recevait aucune réponse pouvant l’éclairer. Malgré ses tentatives réitérées de communiquer avec son concubin, il devenait très jaloux, suspicieux, l’accusait injustement, l’humiliait par des propos désobligeants. Elle essayait de rentrer dans une communication constructive avec lui, ou juste de lui proposer de parler de leurs problèmes de couple, mais celui-ci, la plupart du temps, ne daignait pas lui répondre, ne serait-ce que pour lui signifier qu’il avait bien entendu ses questions. Peut être voulait-il garder une certaine confusion ?…

Les accès de violence physique ont été de plus en plus importants et se sont déclenchés à la naissance de leur fils aîné. Cela a commencé par une forme de jeu « je te tiens par la barbichette » mais qui a tourné à « la tapette sur la joue ». « C’était dans le salon. J’avais mon bébé dans les bras et il n’y avait pas beaucoup de place pour passer. Je demandais alors à Fabrice de me laisser passer. Il a commencé à me gifler en me disant que c’était un jeu. J’avais les mains prises par mon bébé et ne pouvais donc pas me défendre. Puis, une fois, l’enfant déposé, je me suis défendue et celui-ci s’est mis dans une colère noire en rétorquant qu’il avait reçu un coup de poing ».

Pour se faire pardonner de ses dérives, Fabrice lui a offert des cadeaux mais il n’engageait jamais de discussion pour résoudre les conflits conjugaux ou exprimer ses difficultés.

Quelques mois plus tard, ils ont déménagé dans un nouvel appartement. Sous l’effet de la colère, il a perdu le contrôle de lui-même. Violemment il l’a projetée contre une armoire puis il lui a serré le cou. Noa, leur petit garçon a entendu les cris et s’est mis à pleurer. Gwenaëlle a tenté de repousser son agresseur pour aller consoler l’enfant apeuré mais il a bloqué l’entrée de la chambre. Il était comme fou. La situation s’est aggravée au fil des mois, Fabrice devenait de plus en plus fébrile et soumis à ses pulsions agressives. A la deuxième tentative d’étranglement, lors de laquelle Gwenaëlle a failli perdre connaissance, elle est allée voir une assistante sociale qui lui a déclaré que son cas n’était pas assez grave pour avoir une quelconque aide. Elle n’était pas en droit d’avoir un hébergement d’urgence. Il aurait fallu qu’elle ait des blessures visibles pour pouvoir avoir droit à une protection. Elle s’est retrouvée seule face à tout, devant tenir coûte que coûte pour la famille.

S’ensuivent les séances chez un psy….une période de chômage…un deuxième enfant…Mais rien ne changea. Fabrice continuait à la maltraiter par des insultes, des insinuations, de la

violence physique (coups de tête, cheveux tirés…) quand il se sentait mal ou en proie à de la paranoïa. Lors d’une tentative d’étranglement, Gwenaëlle est persuadée qu’elle va mourir… « voilà, c’est mon dernier jour », se dit-elle en son for intérieur, elle est paralysée, elle n’a plus que son regard pour éveiller un soupçon d’humanité à son agresseur.

Elle avait porté plainte mais avait fini par la retirer, faute de soutien de son entourage. Elle espérait toujours que ce n’était qu’une crise et que sa petite famille allait s’en sortir et rester unie. Fabrice alternait gentillesse et agressivité.

A la dernière tentative d’étranglement, elle réussit par se dégager de son ex-concubin afin d’appeler les gendarmes Mais ceux-ci n’ont pas considérer sa situation suffisamment grave, lui ont demandé d’attendre à l’extérieur de chez elle. Son attente a duré un peu plus d’une heure avant qu’elle n’ait pu rejoindre le service des urgences de l’hôpital. On était en hiver, il faisait nuit et elle s’inquiétait pour ses enfants, restés à l’intérieur de l’appartement, bien que son ex-concubin ne s’était encore jamais pris aux enfants.

Elle est effrayée et traumatisée par ce qu’elle vient de vivre, et elle était là à attendre seule au froid. Dans un dernier sursaut d’espoir, elle a appelé la voisine qui lui a envoyé son conjoint pour l’accompagner aux urgences. Sans l’intervention de celui-ci, elle aurait dû se rendre à pieds à l’hôpital situé à quelques kilomètres du domicile, ou … retourner sur les lieux de son cauchemar.

Aux urgences, des examens ont été effectués. Le médecin urgentiste a constaté une ecchymose à l’arcade sourcilière suite au coup de tête de Fabrice et des traces de doigts sur son cou… Deux gendarmes ont rejoint Gwenaëlle afin de prendre des photos des blessures et ils l’ont ensuite ramenée chez elle. Ils ont invité son concubin d’aller dormir à l’hôtel suite à son accès de violence. La gendarmerie a donné un rendez-vous à Gwenaëlle avec une assistante sociale de l’association, Via 74. Celle-ci intervient que tous les mardis au siège de l’association. On était vendredi. Cela voulait dire que du vendredi au mardi, elle ne savait pas ce qu’elle devait envisager pour elle et les enfants…

Elle n’eut que le choix de revenir à l’appartement car elle n’avait aucune autre solution.

Elle contacta l’association E.V.A, association d’entraide aux victimes d’abus, pour trouver de l’écoute et de l’aide. L’avocate de l’association pris en charge son cas et obtint en trois jours une ordonnance de protection, grâce à la nouvelle loi juillet 2010. Par la suite, le jugement au pénal a été prononcé : six mois de prison avec sursis, interdiction de rentrer dans le logement conjugal pendant trois ans. Enfin, le tribunal a conseillé que son concubin se fasse suivre par un spécialiste. Au sein de l’association EVA, Gwenaëlle a été accompagnée psychologiquement. Elle a pu mettre des mots sur la violence dont elle a été victime. Puis elle a entamé un processus de guérison intérieure.

Elle se reconstruit à son rythme tout en gérant le quotidien avec les enfants. Ce qui ne l’empêche pas d’élaborer des projets de vie.

Elle tient à signaler au travers de son témoignage qu’il est important de s’assurer que tous les documents (certificats, photos…) soient bien transmis aux instances judiciaires.

Dans son cas, le gendarme qui avait enregistré sa plainte, quelques jours après, a déclaré ne jamais avoir reçu le certificat attestant ses blessures et la tentative d’étranglement envoyé par

le fax de l’hôpital. Gwenaëlle a expédié une photocopie du certificat en recommandé avec accusé de réception. Ce qui a été judicieux puisqu’à partir de là, la procédure au pénal a pu être initiée. Sans ce document, l’affaire n’aurait eu aucune suite !

 

Revenons à la triste réalité : 8365 cas de violences conjugales ont été enregistrés en 2010 à Paris : ce sont les chiffres précisés par la préfecture de police de Paris. Ce chiffre représente une augmentation de 3,6% par rapport à 2009 où 8.064 faits avaient alors été recensés par la police. Plus précisément, ces affaires ont donné lieu à 4.349 gardes à vue et 1.962 procédures de déferrement. Au moins 2 millions de femmes sont victimes de violences conjugales en France. 400 femmes meurent sous les coups de leur conjoint chaque année, soit plus d’une femme par jour.

Cynthia Sardou

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