Publié dans Harcèlement moral, Les abus, Les pervers narcissiques, Violence conjugale

Les troubles de la personnalité narcissique

Suite à mes 2 articles sur le narcissisme sain et pathologique, il semble bien que la définition du narcissisme aboutit au constat que le narcissisme est présent en chacun de nous et structure notre personnalité.
Le narcissisme est donc présent chez toute personnalité, saine, névrotique ou psychotique. L’étude de la pathologie mentale pourrait se faire par le biais de l’étude du narcissisme de chacune de ces maladies, d’autant plus que Freud, dans un premier temps parlait des névroses narcissiques pour décrire les psychoses
Une personne qui fonctionne avec un narcissisme sain c’est donc une personne qui arrive à s’estimer de façon positive, mais qui arrive à reconnaître ses failles, c’est-à-dire sa part d’ombre, sans la projeter sur l’autre. Il ne suffit pas d’une bonne estime de soi à soi !!!!! Encore faut-il que cette estime de soi soit confirmée par son entourage, en premier lieu la mère quand on est enfant, puis le conjoint quand on entre dans une relation amoureuse. L’estime de soi se construit donc, d’une part grâce au narcissisme, mais aussi, d’autre part, dans la relation à l’autre, Freud voit un lien entre le fait d’être aimé et l’estime de soi : « ne pas être aimé rabaisse le sentiment de soi, être aimé l’élève. » Mais être aimé suppose aussi d’accepter de perdre une partie de son indépendance.
Dans le dernier article sur le narcissisme, il a été dit que le narcissisme se construit par rapport à la relation primaire à la mère et qu’il peut être affecté de façon pathologique si ce narcissisme subit des carences affectives. Celles-ci seront à l’origine de failles plus ou moins importantes dans l’édification du narcissisme se traduisant par, soit, la névrose, la psychose, l’état limite, la perversion narcissique ou soit un simple trouble de la personnalité dont l’étude, aujourd’hui portera sur le trouble de la personnalité narcissique.
Le DSM-IV, le manuel de référence utilisé pour le diagnostic des divers troubles de comportements et maladies mentales décrit précisément le trouble de la personnalité narcissique. Son diagnostique repose au moins sur 5 critères qui doivent tous être présents au long cours. Je ne ferai pas la liste de tous ces critères mais je vais essayer de décrire cette personnalité.
Le narcissisme, l’amour de soi, est donc une composante de toute personnalité, mais la pathologie de la personnalité narcissique (qui peut être du genre masculin ou féminin), s’exprime par un sentiment d’être unique, tout puissant par le corps et l’esprit, se voulant indépendant, autonome mais dont les autres dépendent.
Elle a une idée très élevée de sa propre personne s’estimant quelqu’un de spécial par un sentiment grandiose de sa propre importance ou de son caractère exceptionnel avec, par exemple, une surestimation de ses capacités, ses réalisations.
Très centrée sur elle-même, cette personne a constamment besoin d’être le centre d’attention des autres, de se mettre en avant par un besoin excessif d’admiration. Elle peut agir de façon théâtrale. (Le besoin d’admiration se retrouve aussi chez la personnalité hystérique).
Elle pense que tout lui est dû. S’estimant être quelqu’un de spécial, elle juge qu’on lui doit un traitement de faveur et ses désirs doivent être satisfaits. D’ailleurs, très souvent, étant perfectionniste jusqu’aux bout des ongles, cette personne va développer un talent particulier qui la distinguera des autres et qui lui permettra de se valoriser et de se mettre en avant. Le plus important, à ses yeux, c’est la performance. Est-ce le moyen d’être reconnue (de façon inconsciente) par la mère ?
D’autres caractéristiques coexistent tels que :

L’égocentrisme constaté chez cette personne conduit alors à un manque d’empathie. Elle ne s’intéresse pas, ne reconnaît pas les sentiments et n’a pas conscience des besoins et désirs d’autrui. Le contact est aisé mais a besoin de reconnaissance, d’admiration et recherche des faveurs .Le narcissique sait exploiter l’autre dans ses relations interpersonnelles pour parvenir à ses fins et satisfaire à ses propres désirs en montrant un l’intérêt particulier à cet autre car il est ambitieux et a besoin de conquêtes
L’envie. Il est envieux envers les autres et pense que les autres l’envient. Il ne reconnaît pas cette envie Il projette son envie de la mère qui possède tout. Pour Mélanie Klein l’envie représente l’expression sadique orale du bébé dans la relation exclusive à la mère qui possède le sein nourricier dont l’impulsion étant de le mordre, de l’avaler, de le détruire. La jalousie, quant à elle, est proche de l’envie et s’y confond, selon Mélanie Klein. L’envie se manifeste au niveau des objets, des choses que le sujet possède alors que la jalousie se place au niveau de la relation entre deux personnes et concerne principalement la réussite de l’autre.
De même qu’il ne reconnaît pas son envie, il ne reconnaît pas son agressivité.
Toute puissance du Moi : il y a une idéalisation de toute puissance du Moi par une identification projective qui se traduit par une sorte de confusion entre lui-même (le Soi) et l’objet idéalisé. C’est un mode de relation ou d’investissement d’objet narcissique qui a été décrit par Mélanie Klein comme une relation intrusive utilisée pour prendre possession de l’objet en projetant en lui concrètement des parties de son propre self et en exerçant ainsi sur cet objet un contrôle omnipotent. Cet objet est sous son contrôle tout puissant ; il représente une partie de lui sur le plan du fantasme. Est-ce par le moyen du mécanisme d’identification projective de parvenir à la satisfaction de l’envie ?
M. Klein explique cette identification par l’avidité du bébé dont le désir impulsif est de sucer, vider complètement le sein, jusqu’à le dévorer, le posséder, le faire sien.
– Peur d’être engagé dans une relation fusionnelle. N’est pas demandeur d’amour mais d’admiration et d’attention car l’estime de soi ne se nourrit que du regard de l’autre. C’est la fusion par le contrôle. Mais il y a une peur de l’engagement. L’investissement à l’autre, dans le lien d’amour implique une certaine dépendance et donc le sentiment d’une certaine faiblesse. La peur inconsciente d’être englouti dans une relation fusionnelle déjà vécue dans l’enfance avec l’emprise maternelle l’empêche de s’engager. Je rappelle que ce sentiment de faiblesse ne peut être autorisé de part l’idéalisation de toute puissance du Moi. Cependant le narcissique a besoin que l’autre soit dépendant de lui, ou attaché à lui. Il doit donc jongler entre 2 attitudes contraires : la fusion et la mise à distance. Ceci est à rapprocher de l’angoisse d’abandon et de ne pas être vu, ainsi que de l’angoisse de fusion ou d’intrusion. Est-ce que cette attitude a à voir avec l’attitude de la mère qui oscille entre un investissement narcissique fusionnel (qui va au-delà du lien symbiotique) et une froideur affective, se montrant insensible à la détresse de l’enfant ? C’est avant tout un amour maternel conditionnel qu’elle offre à son enfant lequel doit se construire un faux self afin de répondre aux attentes narcissiques de sa mère et de recevoir en retour son amour. La punition si l’enfant ne s’inscrit pas dans ce schéma sera le rejet avant tout. Ses exigence, peuvent être, par exemple, d’être sans défaut, le meilleur, ne pas montrer de mauvaise humeur, ne pas s’opposer à son autorité, sa loi, ne pas l’offenser ; être stoïque sans exprimer son mécontentement, sa colère. Sinon la faute sera explorée en punissant l’enfant par un rejet, le refus de communiquer. Le lien est rompu et laisse l’enfant dans une angoisse de perte, de culpabilité, sans possibilité de réparation
La caractéristique majeure de la psychopathologie narcissique c’est l’identification projective de toute puissance. Mais il y a aussi clivage entre le bon et le mauvais objet. La personne idéalisée, dans un premier temps, sera redescendue de  son piédestal quand ses failles narcissiques seront mises à jour par cette personnalité narcissique après que celle-ci soit rassurée de sa dépendance pour elle.
Défenses perverses. Si quelque chose de négatif lui arrive, il tend à en attribuer la responsabilité à l’autre et veut lui infliger sa douleur en le blessant. Cela lui permet de se sentir mieux aux dépend du bien-être de l’autre. On peut dire qu’il s’agit là d’une défense perverse. Il peut être arrogant et hautain, mais il est surtout intolérant à la critique (il ne peut accepter les reproches et a une certaine incapacité à prendre en compte les avis des autres, tout en étant hypersensible à ces mêmes avis)
Le narcissique utilise des défenses perverses lorsque celui-ci ressent des sentiments d’humiliation, de frustration, de rejet ou bien lorsqu’il existe une trop grande proximité avec l’autre.
Ces défenses perverses visent à mettre de la distance dans la relation, voire à détruire cette relation afin de résister à toute critique, de préserver la toute puissance fantasmatique de ses idéaux. Défenses utilisées car il se veut sans faille, lisse et sans défaut, afin de ne pas ressentir de sentiment de honte inscrit au plus profond de lui-même.
Il se montre intransigeant. Ses armes de défense, voire de destruction seront la dévalorisation, la critique la colère, la supériorité, l’arrogance. L’indifférence, la froideur, le désintérêt, l’abandon émotionnel voir le mépris permettent de couper le dialogue, de tenir l’autre à distance, de nier l’attachement sans que le lien soit vraiment rompu en maintenant la relation par divers moyens. Cela est à rapprocher de l’attitude passive-agressive.
Pour se protéger il doit contrôler ce que les autres perçoivent de lui et leur comportement à son égard car il y a un sentiment d’inadaptation et de défectuosité personnelle et il pense que les autres ne peuvent pas l’accepter.
Ces défenses perverses peuvent être utilisées par n’importe qui d’entre nous, de manière ponctuelle, dans des situations particulièrement stressantes. C’est ce qui se passe aussi pour la personnalité narcissique qui est une personnalité névrotique. Elles n’ont qu’un aspect défensif et provisoire et entraînent par la suite un sentiment de culpabilité.

EVOLUTION

Cependant derrière ce comportement se cache une profonde vulnérabilité avec déficit de l’estime de soi et sentiment de honte
Tout ceci montre une souffrance psychologique qui se traduit par des difficultés dans les relations interpersonnelles; une fragilité et une sensibilité aux ruptures avec auto-dévaluation et évolution fréquente vers la dépression ou l’anxiété. La blessure narcissique devenant trop insupportable, la souffrance psychologique peut aussi prendre l’allure d’une dépression narcissique par une auto-dévalorisation, une inhibition, un retrait sur soi avec un sentiment de vide, sans ressentir d’émotion.
Si la relation devient trop conflictuelle, la conséquence ce sera la destruction de la relation par tout les moyens, à savoir que cette agressivité peut être retournée contre elle-même par l’autodestruction, le suicide afin de continuer à contrôler la tout puissance des idéaux de son Soi grandiose.

CONCLUSION
Cette description du trouble de la personnalité narcissique qui reste névrotique peut nous aider à mieux comprendre la perversion narcissique. Le Pervers narcissique n’a pu accéder au complexe d’Œdipe car la Loi du père est niée par le pervers narcissique. Il est la LOI, dans sa toute puissance ; ce n’est pas une névrose, c’est une psychose blanche. 

Je laisse à votre réflexion les propos d’André Green, auteur du livre « Narcissisme de vie, narcissisme de mort » : « Cette révélation qui mériterait une majuscule dévoile la structure narcissique : rapport oral, ambivalence, investissement narcissique propre à l’identification primaire.

Alain Debaque

 

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